Les espèces

Bathymodiolus azoricus

Les modioles profondes (Bathymodiolus) sont des parents éloignés de notre moule de bouchot (Mytilus edulis). Les espèces de ce genre forment des moulières importantes dans les zones de diffusion hydrothermale modérée où l’eau de mer se situe aux alentours de 5-10°C. La modiole profonde des Açores (Bathymodiolus azoricus) peut atteindre 15 cm dans sa plus grande longueur.

Ces modioles profondes sont toujours associées en symbiose à des bactéries qui se développent dans leurs cellules branchiales, et qui sont capables de synthétiser de la matière organique en utilisant le gaz carbonique dissous et l'énergie chimique issue de l'oxydation des composés minéraux (hydrogène sulfuré ou méthane).

Elles sont attachées au substrat par des solides filaments d'ancrage (byssus). Cependant, elles sont relativement mobiles et se déplacent assez rapidement en utilisant leur pied extensible, jusqu’à 2,5 cm/h !! Cette vitesse a justement été mesurée grâce à l’analyse des images observatoires.

Lepetodrilus fucensis

Les gastéropodes appartiennent au groupe des mollusques et sont fortement représentés au niveau des sources hydrothermales puisqu’on trouve plus de 100 espèces endémiques autour de la planète. Le genre Leptodrilus a uniquement été décrit dans des écosystèmes chimiosynthétiques et comprend aujourd’hui 15 espèces réparties dans tous les océans. Ce sont des espèces patelliformes, c’est-à-dire de forme plate comme les ‘chapeaux chinois’ ou patelles que nous retrouvons le long de nos côtes. Ce sont des organismes brouteurs : leur langue, appelée radula, est équipée de petites dents qui leur permettent de râper les films bactériens qui se développent sur le substrat minéral ou sur les coquilles de moules et tubes de vers tubicoles. Ces espèces se retrouvent souvent en très forte densité dans les colonies ou bouquets de vers dans la Pacifique ou l’abondance des individus peut atteindre plus de 10 000 individus sur seulement quelques tubes.

Lepetodrilus fucensis, caractéristique, comme son nom l’indique, de la dorsale Juan de Fuca, forme des grappes d’individus amoncelés les uns sur les autres suspendus au tube de Ridgeia. Il ressemble étrangement à des chapeaux de schtroumpfs ! Leur succès de colonisation est attribué à la grande flexibilité dans leur mode de nutrition, en effet cette espèce est non seulement capable de brouter les mattes bactériennes mais possède également une symbiose avec des bactéries chimiosynthétiques, et sont également capable de filtrer comme les bivalves. Ce triple mode de nutrition leur assure une grande capacité d’adaptation aux changements environnementaux.

Dans l’Atlantique, on retrouve l’espèce Lepetodrilus atlanticus. Contrairement à fucensis, atlanticus vit de façon plus éparse et ne forment pas les grappes si caractéristiques du Pacifique. Pour cette raison il est plus difficile de les observer sur les images et vous aurez donc peu l’occasion d’en trouver ! Bien que les espions avancés sauront les distinguer sur les images relativement zoomées…

Buccinum thermophilum

Ce gastéropode, appartenant au grand groupe des mollusques, comme les modioles et les patelles Lepetodrilidae, est très proche du buccin ou bulot que l’on retrouve sur nos plages ou dans nos assiettes. C’est la plus grosse espèce de gastéropode que l’on trouve au niveau des sources hydrothermales du Pacifique nord. Ils peuvent mesurer jusqu’à 3 cm et sont de ce fait faciles à repérer sur les images. Ce sont des espèces carnivores nécrophages (qui se nourrissent de cadavres) et mangent leurs proies grâce à leur radula (nom donné à la langue des gastéropodes) équipée de dents. Leur grand pied leur permet de ramper afin de se déplacer. Ce sont des espèces opportunistes qui s’agrègent souvent autour d’un cadavre qu’ils repèrent grâce à des organes sensoriels très développés (les osphradies), ou lors de la reproduction. C’est pour cela qu’ils sont souvent observés sur les communautés moribondes où ils trouvent un grand nombre d’animaux morts.

Autres gastéropodes

Vous pourrez également observer sur quelques images dont le niveau de zoom le permet, de plus petits gastéropodes, solitaires. Dans la Pacifique ils ont une forme roulée caractéristique des escargots: ce sont les eux espèces Provanna variabilis et Depressigyra globulus. Ils broutent grâce à leur petite langue, appelée radula, les mattes bactériennes qui se développent sur les tubes des vers tubicoles.

Dans l'Atlantique, d'autres patelles colonisent les moulières, ce sont les individus de l'espèce Pseudorimula midatlantica. Ils colonisent la surface des moules et ils se nourrissent des bactéries qui s'y trouvent.

Ridgeia piscesae

Ce ver tubicole est proche de Riftia pachyptila, espèce emblématique des sources hydrothermales. Ces vers ont longtemps été considérés comme un embranchement animal à part, mais les études morphologiques qui ont suivi leur découverte (associée à la découverte des sources hydrothermales) ont montré qu’ils appartenaient aux groupes des vers annélides comme la grande majorité des vers marins. Alors que son espèce-sœur R. pachyptila peut atteindre plus de 2 mètres de longueur, R. piscesae est plus petit et mesure entre 20 cm et un mètre.

Ce ver vit dans un tube de chitine qu’il sécrète (on parle de ver tubicole). Ce tube lui permet de se protéger des prédateurs et des conditions environnementales difficiles. L’une de ses plus bizarres curiosités, c’est qu’il n’a ni bouche, ni tube digestif, ni anus. Il s’alimente donc d’une drôle de façon. En effet, son corps est rempli d’un grand sac, appelé le trophosome, dans lequel vivent des bactéries chimiosynthétiques. Ces bactéries utilisent l’énergie chimique contenue dans les fluides hydrothermaux que leur transmet le ver via son système sanguin. Ce sont les branchies du plumeau rouge caractéristique de ce ver qui, baignant dans les fluides chauds, lui permettent de puiser les éléments chimiques émis par les sources hydrothermales parmi lesquels se trouve l’hydrogène sulfuré. On dit que les vers et les bactéries vivent en symbiose puisqu’ils ont besoin les uns des autres pour leur survie. La couleur rouge des branchies provient de la présence d’hémoglobine, essentielle aux transports d’oxygène de l’environnement vers les bactéries.

Ces vers colonisent les zones de diffusion situées entre 5° et 20°C. Les Ridgeia ont développé une étonnante adaptation morphologique à leur environnement avec l’existence de deux morphotypes distincts. Dans les zones de diffusion faibles, les individus seront longs et fins et peuvent mesurer jusqu’à un mètre alors que dans les zones de diffusion vigoureuses où les températures peuvent atteindre 20°C, les individus sont courts et épais en ne dépassent souvent pas les 20 cm.

Ils vivent en colonie et forment ainsi des assemblages appelés bouquets. On les qualifie d’espèces ingénieurs car elles fournissent un habitat en 3D à des espèces plus petites qui profiteront de cet habitat comme refuge et source de nourriture.

Polychètes polynoidés

Les vers polychètes sont des vers annélides exclusivement marins. Le terme annélide veut dire qu’ils sont formés de petits anneaux successifs appelés métamères qui leur donnent cette forme allongée. Le terme polychète provient de la multitude de petites soies attachées de part et d’autre de chaque métamère. A l’inverse, le ver de terre commun que nous trouvons dans notre jardin est un achète puisqu’il est dépourvu de ces soies. Les polychètes sont présents uniquement en milieu marin. Au sein des polychètes, les polynoidés sont une famille très diversifiée regroupant toutes les espèces équipées d’élytres (extension cuticulaire plates) ou écailles, qui recouvrent plus ou moins le corps de l’animal. Il existe au moins 24 espèces de polynoidés associés aux sources hydrothermales (dites espèces endémiques) qui sont présentes en forte abondance dans les communautés animales. Ils sont généralement de petite taille, ce qui rend leur observation difficile à partir des images, mais les espions les plus avancés sauront les repérer rapidement avec un peu d’expérience !

Ce sont des espèces carnivores ou brouteuses en fonction de la famille. Pour cela elles utilisent leur trompe appelée proboscis qu’elles dévaginent pour attaquer leurs proies et brouter le substrat. Cette diversité de ressources alimentaires permet à plusieurs espèces de cohabiter dans la même zone, on parle de partition de la ressource : les espèces occupent des niches écologiques différentes.

Les individus observés au milieu des bouquets de vers tubicoles du Pacifique appartiennent principalement à deux espèces : Lepidonotopodium piscesae, et Brachinotogluma sp. mais il est cependant impossible de les différencier à partir de l’image seule. Seul l’échantillonnage et l’identification en laboratoire permet de les distinguer. Les différences résident souvent dans la forme et le nombre de soies ainsi que la morphologie des pièces buccales.

Il y a également plusieurs espèces connues des moulières de l’Atlantique dont Lepidonotopodium jouinae, Branchinotogluma sp., mais ils sont très difficilement observables sur nos images de TEMPO.

Ophiures

Les ophiures appartiennent au grand groupe des échinodermes tout comme les oursins, les étoiles de mer, les concombres de mer (ou holothuries) et les crinoïdes. On les reconnait à leurs cinq bras articulés qui en ondulant leur permettent de se déplacer. Tous leurs organes sont contenus dans le disque central qui s’ouvre par une bouche, souvent armées de quelques dents. Les espèces que l’on retrouve au niveau des moulières de Lucky Strike sont très peu connues et mesurent à peine quelques millimètres. Seulement deux espèces ont été décrites sur les champs hydrothermaux de la dorsale médio-Atlantique et il est très difficile de les reconnaitre à partir de l’imagerie. Cela va s’en dire que l’on ne connait rien sur leur biologie et écologie.

Sericosura verenae

Cette espèce appartient à la classe des pycnogonides dans le groupe des arthropodes (animaux avec des membres articulés). Les pycnogonides sont des proches voisines de nos araignées, et ont d’ailleurs une morphologie très proche ! Nous connaissons très peu de choses sur cette espèce. Elles vivent en groupe, ce comportement leur permettrait d’augmenter l’efficacité de la circulation d’oxygène dans leur lymphe ! Une étude récente menée dans notre laboratoire a montré que leur comportement suivait le rythme de la marée afin d’anticiper les changements environnementaux engendrés par celle-ci. Et oui, même à de telles profondeurs l’influence de la marée se fait sentir !! Elle va directement agir sur la direction et l’intensité des courants. Ainsi nous pensons qu’en fonction des conditions environnementales les pycnogonides vont migrer au cœur du bouquet de vers tubicoles pour se nourrir et se protéger des prédateurs et rejoindront la surface du bouquet pour trouver des conditions plus favorables quand l’influence du fluide hydrothermal est trop intense.

Petite anecdote : ce sont les pères qui s’occupent des petits, ils  ‘portent’ leur progéniture sur leurs pattes jusqu’à ce que ceux-ci soit assez développés pour se débrouiller comme des grands !

Mirocaris fortunata

Pas de nom vulgaire à ce jour. Cette espèce n'est connue que des sites hydrothermaux de la dorsale médio-Atlantique, mais on a récemment découvert une autre espèce appartenant au même genre (Mirocaris indica) sur un site hydrothermal de l'océan Indien (près de l'île Rodrigue).

Avec une taille d'environ 3 cm de longueur totale, on la trouve en groupes le long des dépressions formées par les cheminées actives, à la faveur des émissions de fluide hydrothermal à 5-10°C, ou sur les lits de moules. Elle se nourrit de particules organiques trouvées dans le milieu, comme celles rejetées pas les moules, ou de cadavres. Des observations expérimentales en aquarium ont montré qu’elles pouvaient se nourrir des exuvies (enveloppes issues de la mue) abandonnées sur le fond. Certains individus peuvent s'éloigner de quelques mètres des zones actives. Ils peuvent alors servir de proies aux poissons, ou même à des hydraires (sortes de méduses ayant un polype fixé sur les roches).

Segonzacia mesatlantica

Ce crabe Bythograeidae est caractéristique des sites hydrothermaux de la dorsale médio-Atlantique. C’est une espèce très mobile que l’on retrouve dans une grande variété d’habitats depuis les fumeurs jusqu’aux zones de diffusion où se développent les moulières. Cette distribution s’explique par leur caractère opportuniste puisqu’ils se nourrissent de cadavres (moules, crevettes ou exuvies - enveloppes vide issues de la mue - de crevettes). Cependant, même si ce sont des prédateurs peu efficaces, ils se nourrissent également de moules vivantes après avoir cassé leur coquilles avec leur pinces.

Les crabes Segonzacia sont des animaux solitaires et territoriaux. Ils mesurent de 3 à 6 cm environ et présentent une couleur qui varie du blanc au jaune rosé.

Spider crab Macroregonia macrochira

Malgré son nom, cette araignée de mer est un crustacé appartenant au groupe des crabes comme les araignées que l’on pêche le long de nos côtes. Ce nom leur provient de leur morphologie qui rappelle celle d’une araignée avec de longues pattes et des pinces fines. Cette espèce du Pacifique nord n’est pas inféodée aux sources hydrothermales mais on l’y retrouve en forte concentration puisqu’elle s’y nourrit des différents organismes hydrothermaux. Elle y trouve facilement de la nourriture sans dépenser trop d’énergie. Avec une carapace dépassant les 10 cm vous ne la raterez pas lorsqu’elle s’aventurera devant la caméra !

Pachycara gymnium

Ce petit poisson allongé de couleur rosâtre appartient à la famille des zoarcidés qui est fortement représentée dans les communautés hydrothermales. Contrairement aux autres poissons qui  gravitent autour des cheminées, cette espèce est endémique à l’écosystème hydrothermal. Il peut atteindre une longueur de 40 cm et se nourrit de petits amphipodes, d’isopodes et de polychètes. On connait également très peu de chose sur la biologie de cette espèce !

Cataetyx laticeps

Ce poisson gris/noir au corps allongé d’environ 65 cm est observé dans l’Atlantique nord et l’ouest de la Méditerranée de 900 à 2830 m. Il n’est pas inféodé aux sources hydrothermales mais y est probablement souvent observé en raison de la grande disponibilité en nourriture comme le crabe Segonzacia mesatlantica et les crevettes alvinocaridés. Nous connaissons très peu de chose sur sa biologie et son écologie.

Chimère Hydrolagus sp.

Ce poisson habitant des profondeurs de 1200 à 2500 m peut atteindre 1 m de longueur et présente une large distribution de part et d’autre de l’Atlantique nord, depuis la Nouvelle Angleterre et le Canada  aux côtes européennes et jusqu’au Groenland au nord. De couleur plutôt claire on le reconnait aisément par ses cicatrices caractéristiques autour de l’œil. C’est un poisson bentho-pélagique, c’est-à-dire qui évolue à la fois sur le fond et dans la colonne d’eau. On les observe souvent nager au-dessus des sites hydrothermaux où il est possible qu’ils profitent de l’abondance des ressources. Des coquilles et morceaux de moule Bathymodiolus ont été observés dans l’estomac de certains individus, cependant leur biologie et écologie restent encore très peu connues.

Mattes bactériennes

Ces tapis sont constitués de microorganismes bactériens. Les microorganismes sont à la base de l’écosystème hydrothermale puisque ce sont eux, à l’instar des plantes sur terre, qui produisent la matière première grâce à l’énergie chimique contenue dans les composés réduits du fluide hydrothermale tels que l’hydrogène de sulfure (H2S), le méthane (CH4) et l’hydrogène (H2). Ces microorganismes se trouvent sous forme symbiotique associés aux grosses espèces de macrofaune mais également sous forme libre, invisible à l’œil nu. Certaines bactéries en s’associant forment ces tapis facilement visibles à l’œil nu. On les retrouve dans les zones de diffusion sous l’influence du fluide hydrothermal puisque ces dernières en dépendent.